Cette hausse est directement liée au blocage du détroit d’Ormuz, opération orchestrée par l’Iran. En tout début de semaine, le gazole a, en moyenne, franchi le seuil des 2 euros le litre. Dans chaque département, certaines stations manquent même de certains carburants. Cette situation provoque l’exaspération des automobilistes. L’Oise sert d’illustration pour illustrer ce phénomène localement.
Sur la rocade qui fait le tour de Beauvais, le gazole s’élève à 2,11 euros le litre. Un homme d’un âge moyen, qui attend son tour pour faire le plein, s’emporte mardi 10 mars dans sa camionnette blanche. « C’est d’autant plus inacceptable, admet-il, que nous disposions de ressources pétrolières et que le coût grimpe dès le tout premier jour d’un conflit, c’est intolérable ».
Ce conducteur parcourt environ une centaine de kilomètres quotidiens avec son véhicule de service : « Ça me met mal à l’aise. Même si c’est ma société qui paie, cette situation a une incidence sur tout le reste. » Le responsable de la station semble nerveux et refuse de s’exprimer. Ce n’est pas le premier cas.
À Ferrières, une commune située à 40 kilomètres de Beauvais, une station indépendante s’est installée au milieu des éoliennes et des champs. Le diesel y est affiché à 2 euros le litre. « Les cuves sont enterrées. Nous en avons trois », indique la propriétaire Catherine Mazand, qui précise que le niveau de carburant est à zéro.
« On a tout vidé ! »
Catherine Mazand, propriétaire de station-serviceà 42mag.fr
Elle raconte que la tension monte chez ses clients ces derniers jours. « Nos clients deviennent nerveux. Ils nous appellent pour obtenir un tarif qui n’est pas forcément en accord avec l’évolution rapide de la situation, explique-t-elle. On les a mis sur liste d’attente avant de les rappeler lorsque nous avions un prix à proposer en leur demandant : « À ce prix-là, vous prenez ou pas ? » Depuis le début de la semaine, la réponse est : « on ne prend pas. »
« Il est encore trop tôt pour envisager une baisse des prix du carburant », déclare toutefois, mardi 10 mars, Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Elle appelle à une prudence et parle d’un pilotage au jour le jour selon l’évolution du conflit au Moyen-Orient. Pour de nombreux automobilistes, la situation demeure incompréhensible alors que la France, comme plusieurs pays, détient d’importantes réserves capables d’éviter une pénurie pendant trois mois. Le recours à ces stocks stratégiques est « une option envisagée » par le gouvernement, qui se contente pour l’instant de lancer une série de « contrôles » sur les distributeurs afin de déceler d’éventuels abus sur les tarifs.
Des automobilistes comptent leurs kilomètres
Dans l’Oise, 17 stations manquent d’au moins un carburant, dont trois à Beauvais. Alexandrine, infirmière, témoigne dans une boulangerie près d’un garage automobile, où elle a dû déposer sa voiture accidentée après un refus de priorité. « Il faut que je dépose mon véhicule au garage pendant mes jours de repos » déplore-t-elle. Cette infirmière à domicile cherche à tout optimiser pour limiter sa consommation : « Parfois je parcours jusqu’à 150 kilomètres dans ma journée, avec environ 70 visites, parce qu’il y a des patients que je dois voir trois fois dans la même journée. »
Je dépose ma voiture et je vais voir les autres patients à pied. Je ne peux plus me permettre, comme avant, d’aider un patient à faire ses courses.
Alexandrine, infirmière à domicileà 42mag.fr
Alexandrine établit chaque mois le budget avec son mari. Le carburant figure en tête de leurs dépenses. « Je dépense entre 200 et 250 euros d’essence par mois, précise cette infirmière. Mon conjoint, artisan indépendant avec un camion diesel, en est à près de 500 euros par mois avec la flambée du carburant. »
Le problème prend une ampleur encore plus marquée au niveau d’une entreprise, comme celle de Jawed, propriétaire d’une société de taxis. « Quand je roule, c’est presque un plein par jour », affirme-t-il. Ses trois véhicules transportent des malades de l’hôpital d’Amiens vers Beauvais. « Il faut travailler davantage, optimiser les trajets. On essaie de limiter les retours à vide, les patients attendent plus longtemps. On n’a pas d’autre choix », déplore Jawed.
Même le PDG d’un grand groupe de transport de marchandises, qui préfère rester anonyme, explique qu’il va mettre fin aux livraisons internationales jusqu’à ce que la situation se stabilise.
Un service de covoiturage gratuit
Du côté des transports en commun, l’agglomération du Beauvaisis pourrait être touchée par cette conjoncture; toutefois, sur ses 32 véhicules, aucun bus n’est entièrement fonctionnel à 100 % à propulsion thermique. Elle propose plutôt une solution locale: un système de covoiturage gratuit, particulièrement demandé lorsque les tarifs flambent. « Au moment de la crise en Ukraine, le nombre d’adhérents et de covoitureurs a été multiplié par trois », relate Pierre Tachon, directeur des mobilités.
Aujourd’hui, environ un tiers des habitants du territoire est inscrit sur l’application.
Pierre Tachon, directeur des mobilités du Beauvaisisà 42mag.fr
Les passagers ne paient rien et les conducteurs reçoivent une indemnité par trajet versée par l’agglomération, comprise entre 60 et 70 euros mensuels. « En moyenne, près de 3 000 habitants participent chaque mois activement au covoiturage », précise-t-il. On prévoit que le contexte actuel va encore augmenter les inscriptions.
Pour la plupart des travailleurs qui empruntent ce mode de déplacement, cela compense, à quelques euros près, la hausse récente du carburant.







