Réagissant face à Gilles Bornstein lors de l’émission « 4V », Jean-Philippe Tanguy, député RN de la Somme et président délégué du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, a exprimé sa confiance dans l’innocence de Marine Le Pen, qu’il juge pleinement capable d’entreprendre une véritable campagne de terrain si elle venait à candidater, et a assuré que Jordan Bardella s’en sortirait seul en cas d’impossibilité pour elle de se présenter.
Ce fragment provient d’une portion de la retranscription de l’entretien présenté ci-dessus. Pour visionner l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Hier, Marine Le Pen a affirmé que, même si elle restait éligible sur le plan juridique, elle n’entamerait pas de campagne si elle était condamnée et contrainte de porter un bracelet électronique à la cheville. Dans ce scénario, seriez-vous prêt à voir Jordan Bardella devenir notre candidat à la présidentielle ?
Jean-Philippe Tanguy : Il ne s’agit pas de « se résigner » à l’élection de Bardella. Nous serons extrêmement fiers s’il est candidat. Nous croyons en l’innocence de Marine Le Pen, qui a rappelé hier qu’elle estimait pouvoir être relaxée juridiquement. Nous espérons donc qu’elle pourra être notre candidate et mener une véritable campagne sur le terrain. Je n’ai aucune raison de mettre en doute son innocence.
Elle a également précisé que, si jamais elle ne pouvait pas se présenter, elle ne jouerait pas le rôle de tutrice vis‑à‑vis de Bardella. Il devrait donc se débrouiller sans elle. Pensez-vous qu’il y parviendra sans son soutien ?
Oui, je pense qu’il y parviendra. Mais cela met surtout en lumière que Marine Le Pen est une véritable femme d’État. Elle incarne une philosophie selon laquelle, lorsqu’on occupe une fonction de leadership et qu’on aime son pays, il faut systématiquement anticiper l’avenir et ne jamais considérer le pouvoir comme acquis. Cette manière de voir les choses est assez rare dans le paysage politique français. Au‑delà de notre appartenance au Rassemblement national, peu de dirigeants affichent une telle vision à long terme, et cela peut être lié au fait qu’elle est une femme d’État qui réfléchit à l’avenir.
Hier, l’Assemblée a adopté la loi sur la fin de vie sans le soutien du Rassemblement national : 17 voix pour, dont la vôtre, et 102 contre. Malgré vos efforts, le RN demeure très conservateur et réticent face aux avancées sociétales, ce qui le place en décalage avec la société.
Franchement, il y a d’autres sujets sur lesquels j’ai été isolé au sein de ma formation politique, comme le mariage pour tous, pour lequel j’aurais voté si j’avais été député à l’époque. En ce qui concerne l’euthanasie, il s’agit davantage d’un souci de prudence que d’un conservatisme affiché. Beaucoup de mes collègues ont jugé que le texte manquait de garanties. Pour ma part, j’ai hésité à voter, mais j’ai estimé que le message envoyé à la société française primait. La majorité de mon groupe a, elle, jugé que certaines précautions faisaient défaut.
Mais les Français sont largement en faveur de cette loi. Le RN se retrouve donc en décalage avec l’opinion publique. Comment représenter les Français lorsque l’on est si éloigné de leurs attentes sur des questions majeures ?
La position du RN avait été de renvoyer la question à un référendum. Nous ne voulions pas priver les Français d’un droit qu’ils soutenaient. Cela montre que nous ne sommes pas démagogiques : contrairement à ce que l’on répète parfois, nous votons selon nos convictions et non pour plaire à l’électorat. Sur ce point, comme sur bien d’autres, nous aurions donné la parole au peuple français. Si davantage de décisions avaient été soumises au référendum ces dernières années, la société aurait sans doute été moins fracturée.
Vous avez indiqué hier, sur RTL, que l’ultra‑droite tenterait de s’infiltrer. Certains, en refusant de rejoindre le Modem ou Renaissance, pourraient penser que le RN se situe au moins à l’extrême droite ?
Non. Il faut se méfier des infiltrations dans tous les partis politiques. Ces mouvements cherchent à s’immiscer partout. Au RN, nous appliquons un véritable filtre afin d’éloigner toute personne affiliée à des groupuscules violents et haineux. Tous les partis devraient agir de même. Ce n’est pas propre au RN. Malheureusement, certains partis comme La France Insoumise se félicitent même de recruter des individus dangereux.
Pourtant, les militants d’ultra‑droite semblent plutôt se diriger vers vous.
Je ne le pense pas. Si l’on examinait les partis LR ou même les formations centristes, on serait surpris. L’histoire politique française démontre que des mouvements violents ont été recyclés par plusieurs formations, comme l’UDF avec l’OAS ou le groupe Occident. Sur ce sujet, il ne faut pas céder à une vision caricaturale ou politicienne.
Souhaitez‑vous traquer ces infiltrations ?
Oui, mais cela demeure complexe. Dans le cas récent, des personnes opéraient sous pseudonymes et prétendaient défendre de grandes valeurs, tout en mentant durant les entretiens. Il est paradoxal d’afficher le courage et le patriotisme tout en se dissimulant et en compromettant des députés honnêtes, comme Lisette Pollet, qui a agi avec courage et ne partage absolument pas leurs opinions.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.







