Francis Pousse, président national de la branche des Distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles — Mobillians —, était l’invité de l’émission 11h/13h sur 42mag.fr, mercredi 15 avril.
Cette section provient d’un extrait de la retranscription de l’entretien mentionné plus haut. Pour visionner l’intégralité de l’échange, cliquez sur la vidéo.
France Télévisions : Le gouvernement envisagerait de plafonner les marges appliquées par les distributeurs. Maud Bregeon, porte‑parole du gouvernement et ministre déléguée à l’énergie, a précisé que, pour l’heure, aucune décision n’a été actée, mais que cette option figure parmi les hypothèses examinées. Qu’avez‑vous pensé de cette annonce gouvernementale ? Êtes‑vous rassurés de voir que rien n’est décidé pour le moment et que ce n’est qu’une piste envisageable ? Il est public que vous aviez adressé une lettre d’opposition si jamais cette mesure venait à être adoptée.
Francis Pousse, président national de la branche Distributeurs Carburants et Énergies nouvelles – Mobillians : À ce stade, on est sur un projet de décret. Ce texte nous a été présenté mardi 14 avril. Heureusement, nous l’avons reçu par l’interprofession, car malgré nos réunions quasi hebdomadaires à Bercy, le gouvernement ne nous l’avait pas directement transmis. Le décret était évoqué ces derniers jours sans en dévoiler le contour. Maintenant qu’on en a une vision précise, on s’inquiète car, soyons honnêtes, il paraît complexe et, au final, il ne générera qu’un maigre gain pour le consommateur. Il ne s’agit pas d’un blocage des prix, mais d’un encadrement des marges basé sur le prix du gasoil à Rotterdam, si l’on parle du carburant diesel. Il devrait adoucir les prix à la pompe, mais, selon moi, l’impact sur un mois sera quasiment nul.
Est‑ce que vous plaidez, comme Michel‑Édouard Leclerc ou d’autres confrères, pour suspendre les certificats d’économie d’énergie afin de faire baisser le prix à la pompe ?
Eh bien, cela représente l’une des options, tout comme pourrait l’être une réduction de 15 centimes sur le prix affiché, ce qui produirait un effet similaire. Il faut rappeler que les certificats d’économie d’énergie (C2E) ont aussi une dimension positive puisqu’ils soutiennent la rénovation énergétique et le fameux leasing social que le gouvernement souhaite réactualiser. Donc, c’est une décision qui revient au gouvernement, car alterner TVA et C2E représente inévitablement une perte de recettes.
Des recettes en moins, et c’est précisément ce qui a été évoqué par Maud Bregeon. Pour l’instant, elle n’envisage pas de suspendre ces certificats d’économie d’énergie. Ce que vous dites, c’est qu’ils peuvent aussi être justifiés par la transition écologique face aux tensions que connaît le secteur.
On ne peut pas ignorer la réalité : même en étant à la tête de stations qui vendent du pétrole, je sais que dans les années qui viennent plusieurs de mes entreprises seront affectées. Toutefois, chacun doit s’engager dans sa propre transition, ce qui n’est pas simple. Et surtout, il faut continuer à proposer des carburants dans les territoires pendant encore plusieurs décennies, car la voiture thermique ne disparaîtra pas du jour au lendemain. C’est une évidence. Nous devons aussi préparer une indépendance énergétique européenne, car les crises récentes montrent les coûts et les fragilités du système. Le coût du produit pose problème. Et ensuite, est‑ce que le tout électrique est la solution ? Je n’en suis pas convaincu. Il faut prévoir des alternatives, comme l’E85 ou des gas oils de synthèse, afin de laisser aux conducteurs le choix de rester avec des véhicules thermiques, mais alimentés par des carburants de synthèse plus propres.
Quand Maud Bregeon vous invite, vous les distributeurs, à « jouer le jeu », est‑ce que ce message est bien reçu, ce n’est pas une question de profiteurs en temps de crise. Le gouvernement reste attentif, mais il semble y avoir peu de personnes qui s’enrichissent dans cette période. En tout cas, c’est ce qui ressort et ce que vous observez vous‑même. Néanmoins, sentez‑vous cet appel à la responsabilité ?
Je rejette catégoriquement l’idée qu’il existe des profiteurs de crise. D’ailleurs, cela surprend car cela fait plusieurs réunions à Bercy autour de la même table, et lors de la plus récente, les trois ministres ont salué les contrôles de marge menés jusqu’ici. Autrement dit, personne n’a profité de la situation. Or, une semaine plus tard, on revient vers nous en insinuant que l’on va nous sanctionner. Pourquoi nous avoir félicités la semaine précédente puis nous jeter en pâture, alors que les choses sont présentées ainsi ? On a l’impression que c’est le pompiste qui capte l’intégralité de la marge de la filière et qui est braqué comme responsable des hausses inexpliquées. Je rappelle que notre marge brute se situe entre 4 et 8 centimes et demeure constante. En réalité, ce ne sont pas les stations qui font des profits.
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