La députée européenne et vice-présidente des Républicains, invitée politique du 28 avril, réagit aux propos d’Emmanuel Macron qui, lors d’un déplacement dans un hôpital de l’Ariège lundi, a désigné comme « mabouls » ceux qui voudraient « se fâcher avec l’Algérie », en évoquant notamment la question des médecins venus de l’étranger. Cette intervention est perçue comme faisant écho à la ligne formulée par Bruno Retailleau, qui avait mené un bras de fer avec Alger lorsqu’il occupait le poste de ministre de l’Intérieur.
Les propos tenus par Emmanuel Macron, lors d’un déplacement en Ariège lundi 27 avril, ont rapidement tourné en boucle sur la scène politique et dans les médias. En visite dans un établissement hospitalier de Lavelanet, le chef de l’État a vivement critiqué ce qu’il a surnommé des « mabouls » qui souhaitent couper les liens avec l’Algérie, tout en déplorant le dispositif qui permet à des médecins formés hors de l’Union européenne d’exercer en France. Ces mots ont été jugés « insultants » par Céline Imart, proche de LR et vice-présidente du groupe Les Républicains au Parlement européen. Dans une interview accordée à 42mag.fr ce mardi 28 avril, elle affirme que « M. Macron traite de mabouls les personnes qui ne pensent pas comme lui », et elle défend l’idée d’une « ligne de fermeté » envers l’Algérie, prônée par son leader Bruno Retailleau.
Ce passage provient d’une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Pour en voir l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Madjid Khiat : Emmanuel Macron était hier en déplacement en Ariège et échangeait avec des médecins venus de l’étranger. Il a dénoncé le cadre qui conditionne leur pratique et a également visé Bruno Retailleau, figure de votre famille politique. Pour résumer ses propos : « Allez dire à tous les mabouls qui nous expliquent qu’il faudrait se fâcher avec l’Algérie ». Quelle réponse apportez-vous au président de la République ?
Céline Imart : D’abord, j’aimerais savoir s’il oserait traiter de « maboule » la mère de Lola, qui a été torturée, violée puis tuée par une personne sous OQTF algérienne et qui n’aurait pas dû être ici. J’aimerais aussi savoir s’il viserait Christophe Gleizes, emprisonné dans les geôles algériennes depuis près de dix mois, ou encore Kamel Daoud, notre lauréat du Goncourt. Aujourd’hui, le rapport de force avec l’Algérie n’a pas été instauré par Macron et il se jette dans une guerre des qualificatifs, qui restent profondément méprisants et blessants.
Mais concrètement, l’arrivée de Laurent Nuñez à la tête du ministère de l’Intérieur a permis de relancer une coopération sécuritaire. Nuñez s’est rendu à Alger à la mi-février et a évoqué publiquement la reprise de la coopération migratoire. Un mois après le départ de Bruno Retailleau, Boualem Sansal a été libéré. Êtes‑vous sûre qu’il faille réellement maintenir un rapport de force ?
La libération de Boualem Sansal est largement attribuée à l’intervention de la diplomatie allemande. Bien sûr, instaurer une forme de rapport de force est nécessaire, car des sujets importants concernent la France et ses habitants et méritent d’être traités. Sur les questions migratoires, sur la sécurité et sur les finances publiques, des ajustements s’imposent. Lorsque Bruno Retailleau évoque explicitement le fait de dénoncer les accords de 1968 et de refuser d’être humiliés par l’Algérie, Macron, lui, traite ceux qui ne partagent pas son avis de mabouls. Il mène des gestes conciliants envers l’Algérie pendant que le régime algérien répond par des bras d’honneur. Cela est inacceptable, et ce que propose Retailleau, c’est d’adopter une ligne de fermeté, non pas contre les Algériens mais afin de négocier en égalité ou, du moins, de parler sur un pied d’égalité sans humiliation avec le régime algérien. Défendre les intérêts de la France devrait apparaître comme une évidence.
Alors, à quoi devrait ressembler la suite concrètement ? Si Bruno Retailleau devenait président et s’emparait des affaires avec l’Algérie, qu’est-ce qu’on fait ? Il faut tout de même maintenir le dialogue ?
Bien sûr, il faut continuer le dialogue, mais sans sombrer dans un esprit de repentance permanente et dans l’humiliation. Le dialogue doit refléter que nous avons les accords de 1968 et que la France respecte davantage qu’elle n’exige une part du jeu. En revanche, l’Algérie ne respecte pas ses engagements. Si vous ne respectez pas votre part, notamment sur la reprise des étrangers délinquants en situation irrégulière sur notre territoire, nous ne jouerons pas le jeu des visas, car vous bénéficiez d’un régime extrêmement favorable.
Bruno Retailleau serait le candidat LR à la prochaine présidentielle. On parle maintenant de votre parti et de votre rôle en tant que vice‑présidente. Qu’en est‑il des ministres LR, comme Vincent Jeanbrun ou Annie Genevard ? Ont-ils toujours un statut de LR, et avaient-ils été suspendus initialement ?
Vincent Jeanbrun a bien été suspendu; il a exprimé son regret de n’avoir pas pu voter lors de l’élection interne, faute de renouvellement de sa carte. Il a aussi noté qu’il avait été quelque peu inquiet par certaines déclarations formulées par Bruno Retailleau. Pour ma part, je m’inquiète aussi d’entendre ce type de propos chez un ministre d’État, surtout quand ce dernier confond les chars avec les Centaures de la gendarmerie — ce ne sont pas la même chose. Je m’étonne aussi que ce même ministre puisse s’étonner que Retailleau veuille envoyer des Centaures sur certaines zones de deal, alors que l’on a assisté à des déploiements de Centaures devant des agriculteurs en Ariège en décembre dernier, lorsque des troupeaux ont été abattus. Et ce qui m’inquiète encore davantage, c’est qu’un ministre refuse de reconnaître les 48 milliards d’euros dépensés dans des plans de banlieue sur vingt années et qui se révèlent largement inefficaces. Donc oui, nous avons raison et Bruno Retailleau aussi d’appeler à un état d’urgence en matière de banlieues et de narcotrafic.
Vincent Jeanbrun a affirmé hier, « en 2027, il ne mènera pas la campagne de Bruno Retailleau ». Est‑ce si compliqué de vous entendre au sein de votre famille politique ?
Nous n’attendons pas de lui qu’il mène la campagne de Bruno Retailleau. Des soutiens de ce type, nous nous en passons. Car lorsque l’on se positionne résolument derrière l’immobilisme et derrière l’impuissance, on se fond dans le moule mental des macronistes. Ce qui devrait surtout inquiéter le gouvernement actuel, ce n’est pas que les banlieues réclament mieux que des chars; c’est que, dans les banlieues, des personnes âgées paient pour utiliser un ascenseur, que des tirs perdus tuent des jeunes près des poussettes, et que des jeunes intègrent des filières de narcotrafic qui les mèneront vers une trajectoire criminelle. C’est bien plus préoccupant.
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