Faut-il imposer les profits records de Total, au risque de faire disparaître le plafonnement des prix à la pompe ? Entre pressions politiques, inquiétudes des automobilistes et avertissements du géant pétrolier, ce débat remet sur le devant de la scène la question du pouvoir d’achat et de l’efficacité fiscale.
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C’est la préoccupation dominante des automobilistes: faut-il imposer un prélèvement sur les superprofits de Total, quitte à ce que les prix en station restent plafonnés ou non ? Pour Kévin, qui fait le plein tous les trois jours, il paraît impensable que les tarifs remontent. Il confie: « 1,99 euros, on peut dire que c’est encore raisonnable. Si on augmente, on ne pourra même plus aller travailler. » Cette inquiétude est aussi exprimée par une autre conductrice: « Ce n’est pas forcément une bonne idée. Pourquoi l’État devrait-il surtaxer Total ? Parce que, finalement, c’est nous qui devons aussi payer les conséquences. », et un autre témoin ajoute: « Que Total fasse des bénéfices alors que la crise perdure me pose problème. En revanche, surtaxer les entreprises, ce n’est pas une solution acceptable pour moi. »
Taxer Total, un pari risqué pour l’État ?
Sous pression du gouvernement et critiqué pour ses près de 5 milliards d’euros de bénéfices, le groupe pétrolier a répliqué sans détour par la voix de Patrick Pouyanné dans Sud Ouest: « C’est simple. Si le gouvernement, et je respecterai la loi, c’est la démocratie, décide de taxer les raffineries, il en a le droit. Évidemment, la politique de plafonnement, c’est à lui d’en assurer l’application auprès des Français. Ce ne sera pas TotalÉnergies. »
Autrement dit, pour le groupe, il faut choisir entre une taxation et un plafonnement des tarifs; une double option qui ne peut pas coexister pareillement. Cependant, imposer les superprofits ne serait pas nécessairement judicieux pour les finances publiques, selon Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint de l’Observatoire français des conjonctures économiques: « Finalement, Total réalise très peu de profits, voire pas du tout en France, et donc cela ne changerait pas les recettes fiscales. En revanche, si Total décidait de retirer le plafonnement de ses prix à la pompe en réaction, les consommateurs en pâtiraient. Il faut donc se montrer prudent: ce n’est pas évident que ce soit une mesure efficace ou bien fondée. »
Pour sa part, TotalÉnergies rappelle qu’elle a acquitté deux milliards d’euros de taxes et d’impôts en France l’année dernière.







