Grégoire Ensel, vice-président de la Fédération des conseils de parents d’élèves, sonne l’alarme face à la fermeture des écoles publiques sur le territoire et expose les répercussions que ces fermetures pourraient avoir pour les élèves, pour leurs parents, pour les personnels et pour les communes.
À cinq jours du scrutin municipal, 42mag.fr s’intéresse aux enjeux qui traversent cette campagne. Ce mardi 10 mars, concentration sur l’éducation. Depuis quarante années, plus de 17 000 établissements scolaires ont fermé leurs portes en France. Pour en discuter, Grégoire Ensel, vice-président de la FCPE, la Fédération des conseils de parents d’élèves, est l’invité du « 11h/13h ».
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Flore Maréchal : C’est l’un des grands enjeux de ce vote local. Chaque année, l’État réajuste la carte scolaire en ouvrant ou en fermant des classes, selon le nombre d’élèves. Le parc d’écoles publiques est passé de 60 059 en 1985 à 42 443 en 2025. La plupart des départements subissent ces suppressions d’établissements. Qu’est-ce que ces chiffres vous inspirent, d’un point de vue éloquent ?
Grégoire Ensel : Cela provoque un vertige, car chaque fermeture d’école dans un quartier, comme on vient de le constater à Concarneau, ou dans une zone rurale, est une vraie douleur et affecte tout l’écosystème associatif, les liens sociaux, et la vitalité du village ou du quartier. C’est exactement ce qui est nuisible. Aujourd’hui, nous sommes pris dans une dynamique entamée en 1985 et qui s’accélère désormais, et il est indispensable, collectivement, d’œuvrer à mettre fin à ces fermetures de classes, car la situation est réellement dramatique.
Le constat, justement, c’est que la majeure partie des départements est concernée par ces fermetures. Mais les zones rurales en particulier, selon cette cartographie, plus le ton est sombre, plus il y a de fermetures. On voit ainsi que les régions les plus touchées se situent dans le Nord-Est, en Normandie, dans le Massif central, et une portion du Sud-Ouest. Les moins affectées se trouvent autour de Nantes, à proximité de Toulouse et sur le littoral méditerranéen. C’est contre ces inégalités territoriales que vous œuvrez avec les FCPE, vous luttez aussi contre ces disparités ?
Tout à fait, parce que lorsqu’on atteint un seuil critique où le maillage des écoles publiques se déstructure au point de provoquer d’importants soucis de transport scolaire, des difficultés liées aux bâtiments scolaires et, aussi, des répercussions sur l’emploi des familles, tout bascule. Forcément, si l’on doit conduire un enfant sur 10, 15 ou 20 kilomètres plus loin, cela bouleverse entièrement le quotidien familial. Cela affecte aussi l’équilibre des communes dans leur fonctionnement et le respect du personnel. Cela concerne bien sûr les agents de l’Éducation nationale qui voient leur poste supprimer et doivent être mutés loin de chez eux. Notre lutte vise précisément ce point, car certains territoires restent gravement pénalisés et perdent toute attractivité. On se retrouve à un tournant où des locaux scolaires pourraient devenir vacants, car les mairies n’y parviennent plus à entretenir. Cela a été évoqué tout à l’heure à Concarneau. Cela représente aussi un choix patrimonial, et cela entraîne d’énormes problématiques pour l’avenir.
Dans ce cadre, il est vrai que la rénovation, et notamment des bâtiments, a fortement pesé dans le choix des familles quant à l’école de leurs enfants. Et comme vous l’indiquiez, cela peut conduire à parcourir davantage de kilomètres pour atteindre un établissement. Pourriez-vous nous éclairer sur un point, celui de l’enseignement en zones rurales : on forme différemment dans des classes à plusieurs niveaux que dans les zones très urbaines, où l’on dispose de plusieurs niveaux et de plusieurs classes ?
La pédagogie des enseignants permet tout à fait de gérer ce type de situation. Ils reçoivent une formation à l’animation dynamique des classes. Toutefois, lorsque le nombre de niveaux au sein d’une seule classe devient trop important, cela complique réellement la tâche des enseignants. Je voudrais aussi ouvrir une réflexion sur la manière dont la Corée du Sud aborde le déclin démographique. Ce pays est lui aussi touché par une diminution démographique marquée. Ils maintiennent les classes ouvertes, même avec seulement cinq élèves, car ils estiment que se jouent là des enjeux d’organisation du territoire et d’éducation — des questions centrales pour notre société. L’école est le lieu où l’on apprend à faire société, à acquérir de nombreuses compétences, et surtout à vivre ensemble. Fermer une école, c’est compliquer ce processus, avec toutes les contraintes logistiques que j’ai évoquées. Ce qui se profile devant nous, c’est une libération de locaux scolaires dans les années à venir, peut-être même des collèges et des lycées; et il est fort probable que les établissements privés sous contrat et hors contrat s’emparent de cette opportunité pour s’installer dans les campagnes privées de toute école publique. En définitive, on touche ici à la question de l’école de la République et de l’enseignement public.
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