Élu en 2014 et réélu en 2020, Jean-Luc Moudenc se retrouve face à un défi lancé par le socialiste François Briançon. De son côté, La France insoumise, représentée par François Piquemal, entend jouer les trouble-fête lors d’un scrutin qui s’annonce indécis.
Jean-Luc Moudenc parviendra-t-il à conserver la mairie de Toulouse, conquise en 2014 ? Pour y parvenir, lors des élections municipales prévues les dimanches 15 et 22 mars, l’actuel édile bénéficie du soutien des formations de la droite et du centre, comme ce fut le cas en 2020.
Une gauche divisée mais ambitieuse se dresse face à lui, entre le socialiste François Briançon et l’insoumis François Piquemal. Franceinfo fait le point sur le scrutin dans la Ville rose.
Qui se présentent à la mairie ?
Dix candidats sont officiellement en lice pour prendre les rênes de l’hôtel de ville. Le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, avait annoncé début novembre son intention de briguer un quatrième mandat (le troisième d’affilée). Il bénéficie du soutien de six formations de la droite et du centre, allant de Renaissance aux Républicains, en passant par le MoDem et Horizons. Sa liste est présentée comme étant « à l’abri d’une politisation excessive », selon Actu Toulouse. Déjà maire entre 2004 et 2008, puis élu à partir de 2014, il veut poursuivre son mandat en mettant en avant « un dynamisme économique et une gestion saine », selon ses propos relayés par le Monde.
Face à lui, la gauche veut prendre sa revanche de 2020, lorsque le candidat d’Archipel citoyen (soutenu par EELV et LFI), Antoine Maurice, avait été battu de peu au second tour, obtenant 48% des suffrages après l’agrément donné à deux autres listes de gauche. Cette année, le socialiste François Briançon se présente avec le soutien de plusieurs formations, dont les Ecologistes, ce qui a provoqué une division au sein des militants locaux du parti dirigé par Marine Tondelier. Il sera concurrencé par François Piquemal, député LFI de Haute-Garonne depuis 2022, à sa gauche.
Quatre autres listes se rangent à l’extrême gauche dès le premier tour : celles de Guillaume Scali (NPA), Malena Adrada (Lutte ouvrière), Julian Menendez (Parti des travailleurs) et Vanessa Pedinotti (Révolution permanente). Lambert Meilhac, soutenu par le mouvement écologiste Equinoxe, est lui aussi sur les rangs.
Dans cette ville qui penche régulièrement à gauche lors des scrutins nationaux, le Rassemblement national ambitionne une percée, via l’eurodéputé Julien Leonardelli. À l’extrême droite, il sera en concurrence avec le candidat Reconquête, Arthur Cottrel, soutenu par Éric Zemmour, venu tenir un meeting le 28 février.
Quelles sont leurs principales propositions ?
Pour tenter de rééditer son succès, Jean-Luc Moudenc focalise sa campagne sur la sécurité, promettant notamment une caméra par rue et le renforcement d’une police municipale dont les effectifs, affirme-t-il, ont plus que doublé en douze ans. Il porte aussi un projet d’un nouvel auditorium au sein d’un quartier dédié à la culture, à Montaudran.
Partisan du plafonnement des loyers, son challenger François Briançon défend la construction de 15 000 logements à loyer modéré et la rénovation de 30 000 logements si lui l’emporte, dans une métropole qui devrait bientôt devenir la troisième ville de France et dépasser Lyon. Le député LFI François Piquemal milite lui aussi pour le plafonnement des loyers, et propose la création d’un « musée des histoires et mémoires de Toulouse » et d’un « centre contre la masculinité toxique », selon La Dépêche du Midi. Il prévoit également un « choc d’offre de bus » afin de « sortir rapidement les Toulousains des embouteillages », selon Actu Toulouse.
Dans la préfecture occitane, les transports occupent une place centrale dans les débats. Deux enjeux majeurs se distinguent : le chantier de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, et la construction de la ligne à grande vitesse reliant Toulouse à Bordeaux. Sur le volet ferroviaire, Julien Leonardelli (RN) et Jean-Luc Moudenc se disent favorables à ce grand projet, tout comme François Briançon, même si une partie de sa liste s’y oppose. François Piquemal est, lui, opposé à cette infrastructure.
Que disent les sondages ?
Selon un sondage Ifop commandé par Sud Radio et La Dépêche du Midi publié le 20 février, Jean-Luc Moudenc est crédité de 33% des voix au premier tour, devant le socialiste François Briançon à 30% et le député LFI François Piquemal à 23%, tandis que le candidat RN Julien Leonardelli n’atteint que 7%. À gauche, la question d’une possible fusion ou d’un désistement entre listes s’avère déterminante en vue du second tour.
Plusieurs scénarios de second tour ont été envisagés pour rester prudent, tant les équilibres peuvent évoluer. D’après l’Ifop, Moudenc serait en position favorable s’il venait à affronter deux listes de gauche, mais il serait en difficulté s’il est opposé à François Briançon. Un sondage Cluster 17, commandé par La France insoumise et publié six jours avant le premier tour, affiche des résultats proches : Moudenc à 33%, Briançon à 30%, Piquemal à 23% et Leonardelli à 6%.
Comment se déroule la campagne ?
À gauche, la campagne locale est marquée par les frictions nationales entre La France insoumise et le Parti socialiste. François Briançon a demandé à François Piquemal d’apporter une « clarification » après les propos polémiques de Jean-Luc Mélenchon sur Jeffrey Epstein et Raphaël Glucksmann. Faute d’un accord clair, « les conditions d’un éventuel accord au second tour pourraient ne pas être réunies », affirme le candidat socialiste.
La liste LFI affirme « s’engager sans équivoque pour une union de la gauche au second tour », et dénonce les appels des droites et de l’extrême droite en direction du PS pour rompre avec les insoumis. De son côté, Jean-Luc Moudenc invite François Briançon à cesser de « fermer les yeux sur la nature profonde de La France insoumise », inscrivant son raisonnement dans le cadre des positions nationales du bloc centriste.
A quelques jours du scrutin, l’identité exacte du prochain maire demeure incertaine. « J’ai toujours dit que le score serait serré », déclare le maire sortant aux Echos, en écartant toute perspective d’alliance avec le Rassemblement national au second tour. Les candidats de gauche rappellent aussi que Moudenc est visé par l’association Anticor pour des soupçons de détournement de fonds publics et de financement illégal concernant sa campagne municipale de 2020. Anticor a déposé trois plaintes, mais la justice n’a, à ce stade, engagé aucune poursuite contre Moudenc. « Le but d’Anticor est de m’empêcher d’être élu », a dénoncé le maire, cité par La Dépêche du Midi.







