Comment la crise du logement se répercute-t-elle sur les choix des électeurs lors des municipales ? Pour discuter de ce sujet, l’émission « 11h/13h » de 42mag.fr, diffusée le jeudi 19 mars, reçoit, à l’approche du second tour, Henry Buzy-Cazaux, qui est membre du Conseil national de l’habitat. Il évoque notamment ce qu’il appelle un « constat historique ».
Ce texte constitue une portion de la transcription de l’interview évoquée ci‑dessus. Pour le regarder en intégralité, appuyez sur la vidéo.
Flore Maréchal : Cette crise du logement, elle a pesé justement dans ce scrutin des municipales ?
Henry Buzy-Cazaux : Comme jamais auparavant. Il faut garder en tête un chiffre d’or : sept Français sur dix. Un sondage récent réalisé par Odoxa pour Nexity, acteur majeur du secteur du logement, montre que sept personnes sur dix anticipaient avant le vote que ce sujet pèserait dans leur choix. Puis, lorsque l’on décompose les réponses, on constate qu’ils nourrissent des attentes très claires vis‑à‑vis de leur maire, en sachant ce qu’un édile peut ou ne peut pas faire. Notamment, il dispose du pouvoir d’accorder les permis de construire. Or certains ne les délivrent pas. Pour bâtir du logement social, pour élever le logement privé. Il détient la prérogative de réguler le marché. Il existe aujourd’hui des outils disponibles entre ses mains. On peut penser à l’encadrement des loyers et à quelques autres. Et plus précisément, en gros, sept Français sur dix, avec des pans de population encore plus inquiets, comme les jeunes. On compte huit jeunes sur dix qui estiment que dans la commune où ils résident, qu’elle soit urbaine, rurale ou de taille moyenne, il n’est pas aisé de se loger. Donc ce constat est sans appel et il s’inscrit comme historique : ce poids n’avait pas du tout été observé lors des scrutins municipaux précédents.
Pour la location et pour l’achat, quand vous mentionnez les jeunes, est‑ce pour accéder à la propriété ou simplement pour se loger ?
La priorité majeure reste de trouver un logement et là encore, et cela perdure depuis cinq ans, les maires qui reçoivent les administrés dans leur cabinet constatent que cette huitième demande de rendez‑vous porte sur le besoin de logement pour leurs enfants, le plus souvent, ou pour eux‑mêmes dans des situations particulièrement difficiles. Ce sont des séparations, un enfant qui doit poursuivre ses études dans telle ville, on attend beaucoup du maire. C’est logique, quel que soit le statut, il y a une réelle volonté d’être propriétaire. Cela ne varie pas : ce ne sont pas des discours d’élite, de fortunés, qui veulent simplement d’un droit d’usage et la location suffit. On a envie d’acheter dès que l’on peut, c’est‑à‑dire entre 25 et 35 ans, c’est une aspiration très forte. Et bien sûr, derrière cela se profile aussi la préoccupation de la retraite : l’envie de se protéger, d’être en sécurité, l’envie de transmettre, qui demeure très vivace, à des enfants ou à des proches si l’on n’en a pas soi‑même. Et puis, on remarque néanmoins que, parce que les taux d’intérêt ont augmenté — on s’habituait à des taux autour de 1 % pendant longtemps — ils se situent aujourd’hui autour de 3,3 %. Ce niveau restera soutenable pour les banques, mais il exclut un grand nombre de ménages de l’acquisition, et l’on observe environ 700 000 ménages en moins par an depuis trois ans qui aspirent à devenir propriétaires et basculent alors leurs demandes vers la location privée ou vers les HLM.
On suit régulièrement le nombre de demandeurs de logements sociaux. Regardez ce chiffre, cette demande qui ne cesse d’augmenter : près de 2 900 000 demandeurs de logements sociaux en 2025, et une seule réponse positive sur dix environ. Ce sont les chiffres, du moins, que communique l’Agence nationale de contrôle du logement social. Qu’est‑ce que cela nous dit ? Déjà, la demande croît sans cesse et ce sont les plus démunis qui pâtissent également de cette hausse qui se propage, en définitive.
Évidemment, il existe un mécanisme d’éjection, c’est‑à‑dire qu’au‑delà de ces chiffres se cachent des situations terribles de mal‑logement, de logements très insuffisants, voire de sans‑abri, et les chiffres restent extrêmement froids. Mais cela atteint 3 millions de personnes, soit le double par rapport à il y a dix ans, et cela concerne 1 million de personnes déjà hébergées dans le parc HLM qui cherchent à déménager pour gagner en taille ou en coût, et 2 millions de demandeurs supplémentaires : 70 % des Français ont droit à un logement HLM. Ainsi, lorsque le privé ne convient pas, on dépose une candidature. Et la durée d’attente d’un logement se situe autour de dix ans, voire davantage dans des villes comme Paris, soit dix, douze, quinze ans. En réalité, cela signifie que beaucoup chercheront une autre solution ou auront vu leurs espoirs se dissiper. Mais précisément, dans l’enquête mentionnée plus tôt, les Français attendent de leur maire qu’il applique fidèlement la fameuse loi SRU, avec son quota de logements sociaux.
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