L’ancien président reviendra à la barre ce mercredi. Il sera interrogé au sujet du courrier envoyé aux juges par son ancien bras droit, Claude Guéant. Cela apparaît comme une rupture véritable.
Journée déterminante ce mercredi 29 avril pour Nicolas Sarkozy dans le cadre du procès en appel concernant le supposé financement libyen de sa campagne de 2007. L’ancien président va devoir répondre aux accusations émanant de celui qui fut l’un de ses plus proches collaborateurs. Car le « Cardinal » sort du silence. Claude Guéant passe à table comme on le voit dans les thrillers politiques. Et ce dossier libyen prend des airs de grand éclat public. Privé de se présenter au tribunal pour des raisons de santé, Guéant a adressé dimanche au tribunal une lettre accablante de trois pages qui sera lue mercredi lors de l’audience.
Une confession sans équivoque. L’ancien préfet affirme avec force que Sarkozy l’a bien fait convoquer à la table lors du dîner du 25 juillet 2007 à Tripoli afin d’assister le colonel Kadhafi dans l’intérêt d’un mandat d’arrêt international visant son beau-frère Abdallah Senoussi, le chef des services de renseignements condamné par contumace à la détention criminelle à perpétuité pour l’attentat du DC-10 d’UTA, qui a coûté 170 vies dont 54 Français. Et selon Guéant, l’ordre du président serait tombé : « Claude, occupe-toi de cela … ».
Guéant soutient aussi qu’il a bien informé l’ancien chef de l’État de sa rencontre discrète avec Senoussi, non immédiatement, mais lors d’occasions qui ont rendu inévitable l’évoquer. Il avait déjà formulé ces mêmes accusations dans une première lettre datée du 11 avril et il persiste malgré le démenti de Nicolas Sarkozy. Le long courrier est ponctué de détails et de descriptions précises destinés à renforcer sa crédibilité.
Amour et rancœur entre anciens collaborateurs
Pourquoi une telle démarche ? Par esprit de vengeance, et celle-ci ne se satisfait pas d’un calcul froid, mais brûle d’un feu vif. Nicolas Sarkozy s’est montré excessivement prudent en rejetant la responsabilité sur son ex-collaborateur. Lors de l’audience, il avait exprimé son étonnement devant son train de vie, les cadeaux provenant de cercles douteux et l’avait même implicitement accusé d’enrichissement personnel, laissant entendre qu’il aurait franchi une « ligne jaune ». Figure emblématique du fonctionnaire dévoué au service de son grand homme — passé directeur de cabinet à Place Beauvau, puis secrétaire général de l’Élysée, et enfin lui-même à la tête du ministère de l’Intérieur — Claude Guéant, déjà condamné en première instance à six ans de prison, n’a pas supporté de voir son ancien patron entacher un peu plus sa réputation. Il faut mesurer l’importance de leur lien, qui a duré plus d’une décennie, pour saisir l’impact de ce témoignage. Oui, les grandes douleurs ne restent pas toujours muettes.
Comment Sarkozy peut-il se défendre ? Probablement en réfutant tout catégoriquement. Car ce témoignage met en déroute l’un des fondements de sa défense. L’ancien président assure ne rien avoir su ni rien avoir vu des initiatives entreprises par ses deux proches, Brice Hortefeux et Claude Guéant. Le dernier n’admet pas non plus l’existence d’un quelconque financement libyen, mais pour l’accusation, si Sarkozy lui avait demandé d’agir en faveur de Senoussi, c’était exactement dans le but d’obtenir des fonds pour sa campagne. En première instance, l’ex-chef de l’État avait été condamné à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs. Et lorsque l’un des compères se met à parler, il y a peu de chances que les juges en appel accordent davantage de clémence.







