Alors que les prix des carburants ne montrent pas encore de signe de repli, TotalEnergies a affiché un bénéfice dépassant les 5 milliards d’euros pour le premier trimestre. Selon Thierry Bros, spécialiste du secteur de l’énergie, l’entreprise disposerait encore des moyens nécessaires pour diminuer ses tarifs à la pompe.
Donald Trump a averti que la fermeture éventuelle du détroit d’Ormuz pourrait se prolonger sur plusieurs mois, une manœuvre destinée à faire monter la pression économique sur l’Iran. Cette perspective a entraîné une nouvelle hausse des cours du pétrole sur les marchés, et la tendance pourrait bien persister, nourrissant une nouvelle flambée des prix des carburants. C’est dans ce contexte économique particulièrement tendu que le géant pétrolier Total Énergies annonce un bénéfice en progression de 51 % par rapport au premier trimestre 2025.
Le plafonnement des tarifs pratiqués dans ses stations-service n’aurait influé que de manière très légère sur ses marges, affirme Thierry Bros, professeur à Sciences Po, spécialiste des questions liées à l’énergie et au climat.
Franceinfo : Total Énergies est parvenu à 5 milliards d’euros de bénéfice au premier trimestre, soit une hausse de 51 % sur un an. Ce résultat exceptionnel serait-il exclusivement lié à la situation de guerre en cours ?
Thierry Bros : absolument, oui. Le coût du baril continue de monter fortement. Total agit sur l’ensemble de la chaîne pétrolière, en particulier sur la partie amont, l’exploration et la production, un secteur rentable où l’entreprise cherche surtout à minimiser ses coûts.
« Un baril lui revient à environ 35 dollars. Le prix de marché actuel tourne autour de 125 dollars le baril, ce qui crée une marge bénéficiaire très substantielle que Total partage ensuite avec les pays producteurs », affirme Thierry Bros, expert en questions énergétiques, à 42mag.fr.
Donc, il est vrai de dire que Total tire avantage de la crise.
Sébastien Lecornu appelle à une redistribution des profits générés par la guerre, Total répond qu’il a déjà pris des mesures en plafonnant ses prix en France. Est-ce exact, et quel coût cela leur a-t-il coûté ?
Oui, c’est exact : cette manœuvre commerciale a fait baisser très légèrement les profits. Toutefois, la rentabilité de Total repose en grande partie sur l’extraction et la production. Ainsi, Total disposerait encore des moyens de réduire davantage ses tarifs à la pompe, voire de vendre au prix coûtant en France. Cependant, cela pourrait être perçu comme une distorsion de concurrence par la Commission européenne. Et pratiquer la vente à perte sur l’ensemble de l’Europe n’est pas certain que Total l’assumerait. Quant au caractère légal d’une telle pratique, je ne suis pas certain qu’elle soit autorisée.
Donald Trump avertit que le blocus du détroit d’Ormuz pourrait perdurer. La France est-elle prête à affronter ce risque ?
Nous ne sommes jamais réellement prêts à faire face à ce genre de risque. Le prix du pétrole augmente d’environ 30 dollars par mois, et la trajectoire devrait se maintenir. Cela peut entraîner une baisse de la demande — voire une récession — et se traduire par des pénuries, notamment en Asie. L’État français dispose de réserves stratégiques, il en a déjà puisé, mais il ne pourra reconstituer ses stocks qu’après l’issue du conflit. L’attitude adaptée consiste à suivre les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie, même si ce n’est pas populaire.
« Il faut dire aux gens qu’ils entrent dans un monde où le pétrole devient plus cher et qu’ils devront ajuster leur comportement : réduire la vitesse sur les autoroutes, privilégier le télétravail et limiter les voyages en avion », précise Thierry Bros à 42mag.fr.
Ce contexte devrait accélérer la transition énergétique, puisque l’absence de bouclier tarifaire pousse les consommateurs à prendre conscience de la hausse du coût du baril. À cet égard, le bouclier tarifaire instauré en 2022 apparaît comme une erreur politique. Mais d’un autre côté, laisser monter les prix pénalise les ménages qui ne peuvent plus faire face à la dépense.
Le risque de pénurie concerne aussi le secteur du transport aérien. À quoi faut-il s’attendre ?
L’Agence internationale de l’énergie l’a indiqué : il faudra peut-être se résoudre à clouer des avions au sol cet été. Cette situation se manifeste déjà en Asie, par exemple au Vietnam, où le niveau des vols est sensiblement plus faible. En France, les principaux aéroports s’approvisionnent en kérosène via des oléoducs en provenance directe des raffineries. Tant que l’approvisionnement en pétrole est assuré, le carburant aeronautique sera disponible. Cela touche directement à la question de la souveraineté énergétique.







