Réduire les déplacements non essentiels, ajuster ses projets pour les vacances estivales et privilégier les trajets en transports en commun et à vélo… Chacun choisit sa propre approche face à la hausse des prix du carburant.
Depuis environ deux mois, Arnold, qui réside près d’Orléans (Loiret), a commencé un nouveau poste situé à une distance d’environ 350 kilomètres de son domicile. Chaque semaine, ce cadre dirigeant d’une entreprise du secteur de l’énergie s’en va mardi matin vers Vitry-le-François (Marne) puis Verdun (Meuse). Il revient le jeudi soir, avec un compteur affichant entre « 700 et 750 kilomètres ». Et lorsque l’on fait les comptes, « ça pique ». Le prix du gazole, qui tournait autour de 1,70 à 1,80 euro le litre avant le déclenchement du conflit au Moyen-Orient fin février, a dépassé les 2,20 euros.
« Pour mars, j’ai dépensé 560 euros de carburant », énumère ce cadre, qui circule à bord d’une voiture imposante, une nécessité selon lui, compte tenu des kilomètres parcourus. Son épouse effectue aussi pas mal de trajets pendant la semaine. Le couple a calculé: il a dépensé près de 900 euros ce mois-ci, bien plus que ce que coûterait une situation où les prix ne flambent pas à cause du conflit.
« Je sais que c’est temporaire, du moins j’espère que ça va baisser. Il ne faudrait pas que ça dure trop longtemps », confie Arnold. Âgé de 56 ans et menant confortablement sa vie, il demeure toutefois conscient que la situation est plus pénible pour certains foyers. C’est le cas de Fabien, actuellement sans emploi. Son fourgon n’a pratiquement pas bougé depuis un mois. « À partir de 2 euros, je ne bouge plus. Alors à 2,30 euros… », lâche cet habitant de Pontivy (Morbihan), qui ne se déplace que lorsque c’est indispensable.
« Quand on sort, on va moins loin »
« J’ai sorti mon fourgon à seulement deux occasions ce mois-ci, pour aller chez un médecin situé à 45 minutes de route et pour le contrôle technique. Il me reste de quoi faire environ 100 kilomètres dans le réservoir, et je les garde précieusement, surtout que mon fourgon est vieux et consomme près de 10 litres aux 100 kilomètres », reconnaît celui qui alterne petits boulots et longues périodes d’inactivité. Actuellement, il touche environ 600 euros. Après le loyer (200 euros) et les courses, il ne lui reste plus grand-chose. « Si je dois sortir à proximité, je prends le vélo. »
Qu’ils soient à l’aise financièrement ou à l’euro près, les Français interrogés par 42mag.fr, dont certains ont répondu à notre appel à témoignages, souffrent tous de la hausse spectaculaire des prix de l’essence et du gasoil. Et disent aussi être très dépendants de leur véhicule, dont le plein leur coûte 50, 70 ou 90 euros. « La voiture, c’est mon passeport pour aller travailler », résume Romain, responsable d’un service informatique, qui fait 100 kilomètres aller-retour les jours où il n’est pas en télétravail.
« Depuis un mois, le prix des carburants grève notre budget. Quand on sort, on va moins loin, et quand on peut éviter de prendre la voiture, on le fait. Avant, on en avait un usage plus libre », explique le quadragénaire, marié et père de deux enfants vivant dans une petite commune du Loir-et-Cher. Le budget carburant de la famille est passé de 300 à 450 euros, et pour limiter cette flambée, Romain a quelques astuces : rouler un peu moins vite, faire le plein dans des stations TotalEnergies où les tarifs sont plafonnés, et surveiller, sur les applications, les prix de l’essence autour de chez lui.
Faire le plein en Espagne
Fanny, de son côté, cherche à tirer le meilleur parti de chaque trajet et de chaque dépense. L’usage de la voiture est surtout réservé à l’aller-retour pour les courses au supermarché, et toutes les dépenses se font « avec un œil sur la calculette ». Elle effectue également quelques jobs à mi-temps ou des ménages afin d’augmenter ses revenus. « Mais il faut calculer que ce n’est pas trop cher d’aller au travail. L’autre jour, j’ai refusé un petit mi-temps car il se situait à 22 kilomètres de chez moi. Vu le prix des carburants, ce n’était pas rentable », explique cette Ariégeoise.
Céline vit quant à elle dans le sud des Landes et se rend jusqu’à la frontière espagnole, à une bonne demi-heure de route, pour faire le plein et ses courses. « J’ai toujours eu ce réflexe, et je le fais encore plus maintenant avec les prix. » Là-bas, le litre est jusqu’à 0,40 euro moins cher qu’en France. En semaine, cette professeure des écoles remplaçante n’a pas d’autre option que d’utiliser sa voiture. « Mes missions changent tous les jours, alors je ne peux pas trouver de covoiturages réguliers. Et les transports en commun pour rejoindre parfois l’autre bout des Landes sont compliqués, surtout que je suis chargée et que j’ai toujours du matériel avec moi. »
Sophie fait à peu près le même constat. Assistante sociale dans le Val-d’Oise, elle aimerait prendre les transports en commun, mais il faut qu’elle prenne deux trains et un bus pour rejoindre son lieu de travail. La Francilienne a choisi une autre option : elle a investi il y a quelques mois dans une voiture fonctionnant au GPL (gaz de pétrole liquéfié), dont le carburant est bien moins cher que l’essence et le gasoil. Et depuis un mois, elle ne regrette pas ce choix. « Un plein de 400 kilomètres me coûte 23 euros, contre 60 euros pour l’autre voiture diesel du foyer. »
Anticiper pour les vacances d’été
La famille privilégie actuellement cette voiture pour limiter les dépenses. Elle a aussi renoncé à certains déplacements pendant les ponts du mois de mai. Romain, sa femme et leurs deux enfants continuent toutefois à s’offrir leur restaurant hebdomadaire pour lancer le week-end, comme une tradition. « Mais au lieu d’aller jusqu’à Orléans, on reste plus proches de chez nous. Et on se restreint sur les sorties et les loisirs, qu’on fera un peu moins », précise-t-il.
Fabien lui se limite à « aller boire un café en ville », à Pontivy. Il ne partira probablement pas en vacances cet été. Pour Romain, Céline et les autres, les plans ont quelque peu changé. Au lieu d’un grand périple itinérant dans le Sud à bord de leur camping-car l’an dernier, la famille privilégie désormais la côte atlantique. Là-bas, ils ne bougeront pas pour limiter les coûts liés au carburant. Céline, qui a déjà réservé sa location en Bretagne pour l’été, a commencé à mettre de l’argent de côté. « Avec l’essence et les péages qui augmentent, j’anticipe. Si je veux faire plaisir à mes enfants, il faut que je m’y prenne dès maintenant », explique cette quadragénaire, dont le conjoint roule désormais en électrique. Depuis le début de la crise déclenchée par le Moyen-Orient, les deux optent davantage pour ce véhicule, qui remporte déjà un certain succès.
« Même si les prix baissent, je continuerai à prendre le bus »
Sur les sites spécialisés, les recherches et l’achat de voitures d’occasion électriques ont connu une forte hausse depuis la fin février, tout comme le développement des biocarburants. Les boîtiers E85 – mélange d’essence et d’éthanol agricole – gagnent aussi en popularité.
À défaut d’investir dans une voiture électrique, Guillaume, professeur d’espagnol dans les Bouches-du-Rhône, a choisi d’emprunter le bus pour se rendre au lycée. Il compte aussi profiter de la conjoncture actuelle pour remplacer son chauffage au fioul par une climatisation réversible. « Le but, c’est de faire des économies et d’être plus écologique », décrit ce quinqua qui voit déjà les bénéfices à prendre les transports en commun au quotidien. « Je marche jusqu’à l’arrêt, je peux me reposer pendant le trajet, et je suis plus respectueux de l’environnement. Même si les prix baissent, je pense que je continuerai à l’utiliser. »







