La porte-parole du gouvernement, qui occupe également les fonctions de ministre déléguée chargée de l’Énergie, a annoncé l’organisation d’un G7 Énergie cet après-midi à Paris, en présence du ministre de l’Économie, afin de traiter les questions liées à la flambée des prix des carburants observée depuis le début de la guerre.
Suite directe du conflit engagé par les États‑Unis et Israël au Moyen-Orient, les tarifs des carburants à la pompe continuent à progresser de manière spectaculaire ce mardi 10 mars. Pour en discuter, Gilles Bornstein convie dans l’émission « 4V » Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie et porte‑parole du gouvernement. « Nous avons constaté environ 15‑16 % d’anomalies dont certaines ont été sanctionnées par des amendes », a-t-elle notamment précisé, ajoutant que le « bilan détaillé » des contrôles opérés dans les stations‑service serait établi une fois l’opération terminée.
Ce passage constitue une portion de la retranscription de l’entretien ci‑dessous. Pour en voir l’intégralité, cliquez sur la vidéo.
Gilles Bornstein : Les cours du pétrole ont fortement reculé cette nuit après que le président Trump a déclaré que le conflit toucherait bientôt à sa fin. Les automobilistes vont‑ils ressentir cette baisse immédiatement à la pompe ?
Maud Bregeon : Cette diminution que beaucoup espèrent dépendra de l’évolution du conflit sur le terrain. Vous devez retenir deux initiatives majeures du chef de l’État. Premièrement, il s’agit de faciliter la libération du détroit d’Ormuz, car, comme vous le savez, le nœud logistique et géopolitique des approvisionnements énergétiques s’y situe: environ 20 % du gaz et du pétrole mondiaux transitent par ce détroit. Deuxièmement, il est envisagé d’assouplir les stocks pétroliers à l’échelle mondiale. Vous savez que le G7 des Finances s’est réuni hier, et ce matin je vous confirme que nous organiserons le G7 de l’Énergie en marge du sommet international sur le nucléaire qui se tient à Paris afin d’avancer sur ce sujet, avec pour objectif de faire baisser les prix.
La France souhaite cette libération des stocks stratégiques.
La France s’emploie à cette démarche pour une raison très simple : en augmentant l’offre sur le marché, on peut influer sur les prix à la baisse. Depuis le début, la priorité du président de la République est de protéger les Français, d’assurer la sécurité de nos ressortissants sur place et de préserver les consommateurs sur le territoire national, tout en s’efforçant que ce conflit reste maîtrisable afin d’éviter l’escalade. Je suis consciente que beaucoup de Français traversent une période difficile, que le coût du carburant à la pompe est pesant et que, pour nombre d’entre eux, il faut impérativement faire le plein pour se rendre au travail. Cependant, tout cela dépend largement de l’évolution de la situation au Moyen-Orient.
Vous ne le dites pas explicitement ainsi, mais on comprend que la France n’est pas opposée, voire qu’elle soutiendrait l’idée de libérer ces stocks stratégiques. Revenons à ma question initiale. Quand les prix du pétrole augmentent, l’essence grimpe immédiatement. Les automobilistes percevront‑ils une baisse rapide de l’essence une fois que le pétrole baissera ?
C’est trop tôt pour être affirmé. Il y a d’un côté les dynamiques des marchés et, de l’autre, la réalité sur le terrain. À l’heure où nous parlons, le détroit d’Ormuz demeure bloqué. Par conséquent, l’objectif prioritaire est de rétablir, autant que faire se peut, un flux normal des marchandises à travers ce corridor maritime.
Je comprends, mais lorsque le pétrole grimpe, le prix de l’essence augmente tout de suite, alors que l’on sait que certains stocks avaient été acquis lorsque le pétrole était bas. Si cela monte rapidement, cela devrait aussi baisser rapidement, sinon les Français ne comprendraient pas…
Pardonnez-moi, la hausse est intervenue précisément à cause du conflit dans la région, du blocage du détroit et du freinage de la circulation du pétrole et du gaz. Puis il y a toute une chaîne de valeur qui a intégré les difficultés au Moyen‑Orient. Tout ne passe pas par les distributeurs, il faut aussi compter les grossistes, les transporteurs et la raffinerie. C’est l’ensemble de cette chaîne qu’il faut examiner. Ce que j’affirme encore une fois, c’est que notre responsabilité est de tout mettre en œuvre pour faire reculer les prix. C’est ce que porte le président par le biais d’initiatives internationales, ce que nous faisons avec Serge Papin en menant des contrôles, et ce que nous proposerons cet après‑midi avec Roland Lescure dans le cadre du G7 Énergie, afin d’avancer sur la libération des stocks de pétrole dont nous disposons en France et d’autres pays à l’international.
Effectivement, on vous a vu, ces contrôles ont commencé. Avez‑vous constaté des abus ? Des sanctions à venir ?
Nous avons, comme vous le savez, lancé 500 contrôles en trois jours à la demande du Premier ministre; 231 d’entre eux ont été réalisés hier et je tiens à remercier les services de l’État qui se sont entièrement mobilisés. Nous avons constaté environ 15‑16 % d’anomalies, dont certaines ont été sanctionnées par des amendes.
Qui est sanctionné ? Comment ?
Le bilan détaillé de ces résultats sera publié une fois que les 500 contrôles auront été passés. Je peux d’ores et déjà dire que ces contrôles ont permis d’avancer et de mettre au jour des irrégularités. Nul ne sera pointé du doigt sans nuance; il ne s’agit pas de viser les distributeurs à l’aveugle.
Faut‑il rendre public les noms des contrevenants ?
Ma conviction est que, en période difficile, il faut se serrer les coudes et faire preuve de solidarité et d’éthique. L’objectif n’est pas de condamner sans nuance, mais d’endiguer les abus. Nous poursuivrons les contrôles et les échanges avec les réseaux de distribution dans les prochains jours, et jeudi, en présence de Roland Lescure et de Serge Papin à Bercy, nous réexaminerons la situation. Mon but est que chacun coopère et que l’intérêt national prime; il existe aussi des personnes honnêtes au sein des distributeurs et dans l’ensemble de la chaîne de production, et il faut tous travailler dans l’intérêt national.
Hier, sur RTL, vous évoquiez que toutes les options restent sur la table pour soutenir les Français. Avez‑vous avancé depuis ? Confirmez‑vous que vous ne pouvez plus, ou ne devez plus, venir en aide systématiquement lorsque les difficultés proviennent de facteurs hors du contrôle du gouvernement ?
Je réponds par deux éléments. D’une part, nous avons toujours été aux côtés des Français durant huit années de crise. D’autre part, la situation actuelle n’a rien à voir avec le Covid ni avec la crise énergétique qui avait suivi l’invasion russe en Ukraine; il n’y a pas de comparaison possible. Certains réclament des mesures politiciennes comme le blocage des prix ou une réduction de la TVA à 5,5 %, mais cela coûterait environ 20 milliards d’euros par an et le conflit ne dure que depuis une dizaine de jours. Ce sont des propositions à visée politique. J’invite donc chacun à faire preuve de solidarité nationale. Je sais que le paysage politique peut paraître naïf, mais il me semble indispensable que nous priorisions l’intérêt du pays, ce que les Français attendent de nous.







