L’augmentation des coûts du carburant rouvre l’inquiétude liée au pouvoir d’achat des ménages et pousse l’urgence écologique à occuper une place moindre dans les échanges publics. Les décideurs politiques rivalisent d’initiatives destinées à soulager les automobilistes, au risque d’omettre la nécessité de réduire notre dépendance envers les énergies fossiles.
La hausse des tarifs des carburants n’est-elle pas le reflet d’un recul des préoccupations environnementales ? On approche de la fin du mois, et même la semaine semble se refermer sur l’angoisse, comme si l’avenir était déjà écrit. Dans le débat public, au rayon des inquiétudes, le pouvoir d’achat prend manifestement le pas sur l’urgence climatique. Le diesel à deux euros le litre déclenche aussitôt un tumulte et un véritable branle-bas médiatique.
Tous les partis se mobilisent : on assiste à un véritable concours d’idées destiné à venir en aide aux automobilistes, avec des propositions lourdes pour les finances publiques, à l’image d’une baisse des taxes sur l’énergie et les produits pétroliers portée par l’extrême droite, via le Rassemblement National et Reconquête, ou d’un mécanisme de blocage des prix à la pompe porté par La France insoumise. Le Parti socialiste avance l’idée d’un chèque énergie conditionné au revenu pour les ménages les plus vulnérables. Le bloc centriste et la droite écartent tout retour du « quoi qu’il en coûte », tout en promettant de lutter contre les abus. Chacun rivalise d’imagination et de détermination pour abaisser le coût de l’essence.
L’écologie mise en retrait
Il est légitime que les responsables politiques s’inquiètent du pouvoir d’achat des Français, et particulièrement de celui des ménages les plus modestes. Si la crise se prolongeait, cela pourrait justifier un dispositif ciblé vers les revenus faibles, mais certainement pas une baisse générale des taxes ni un plafonnement des prix pour tous. Or, toutes ces mesures ont pour effet d’inciter les automobilistes à rouler davantage. Même à gauche, lorsque une crise menace de couper l’herbe sous le pied à l’approvisionnement, chacun endosse alors le rôle de pompiste et personne n’exploite l’occasion pour rappeler l’impérieuse réduction de notre dépendance aux énergies fossiles. Le mercredi 11 mars, seule Marine Tondelier, secrétaire nationale des écologistes, a publié un long communiqué appelant à la sobriété énergétique, au développement des énergies renouvelables et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
L’écologie n’a pas pesé dans la campagne municipale qui se termine. Les enjeux environnementaux ont été submergés par des préoccupations sécuritaires, puis par le poids du pouvoir d’achat. La campagne avait même débuté par une reculade notable : la suppression des zones à faibles émissions des grandes métropoles, décidée lors d’un premier vote à l’Assemblée. Le vote final a été repoussé après le scrutin. Et puis, mercredi, Emmanuel Macron a rappelé l’importance de réduire notre dépendance et de mener à bien la transition. Toutefois, « c’est un chemin au long cours », a souligné le chef de l’État.
Sans doute. Mais, comme le rappelle Alain Souchon, « on n’a plus assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens ; alors, faut qu’on avance ».







