Le Sénat français a voté le 28 octobre pour rendre imprescriptibles les crimes sexuels commis contre des mineurs, ce qui signifie que la poursuite ne serait plus bloquée uniquement parce qu’un délai légal s’était écoulé. Les sénateurs ont adopté la disposition à 252 voix pour 80. Ce vote représente un tournant majeur dans l’orientation du droit pénal français, où l’imprescriptibilité a traditionnellement été réservée aux crimes contre l’humanité.
Cette décision est intervenu lors de la première lecture du Sénat d’un projet de loi plus vaste consacré aux violences sexuelles et liées au genre visant les femmes et les enfants. L’Assemblée nationale avait déjà soutenu une mesure d’imprescriptibilité, et le gouvernement a utilisé une procédure accélérée pour ce texte. Cela ne rend pas la règle nouvelle définitive : les deux chambres ont adopté des formulations différentes, il faut donc encore converger vers un texte commun.
Pourquoi le vote ne met pas fin à la loi
Le comité des affaires juridiques du Sénat avait initialement retiré la mesure. Son rapport soutenait que l’allongement de l’imprescriptibilité romptait avec la tradition juridique et pourrait avoir un effet pratique limité, car les infractions les plus graves contre les mineurs bénéficient déjà d’un délai de prescription de 30 ans à partir de l’anniversaire des 18 ans de la victime. Un mécanisme instauré en 2021 peut aussi prolonger ce délai lorsque le même auteur commet d’autres crimes sexuels.
Public Sénat a rapporté que la séance plénière a inversé la position du comité après un débat tendu, le soutien du gouvernement ayant facilité l’adoption de l’amendement. Des informations d’AFP relayées par TV5Monde ont indépendamment confirmé à la fois le vote de 252 pour 80 et le fait que la version de l’Assemblée couvrait un ensemble de crimes plus large. L’accord porte donc sur le principe, mais pas encore sur l’ensemble des limites de la règle.
Ce que l’imprescriptibilité changerait et ne changerait pas
L’effet pratique serait de laisser ouverte une voie pénale pour les victimes qui révèlent des abus plusieurs décennies plus tard. Cela ne supprimerait pas la nécessité de preuves ni la garantie d’une poursuite. Les tribunaux devraient encore évaluer si les faits peuvent être établis, si les actes allégués entrent dans la définition légale finale et si d’autres exigences procédurales sont remplies.
La disposition doit dorénavant survivre au reste du processus législatif. Un comité conjoint peut chercher un compromis entre les textes de l’Assemblée et du Sénat, et le projet peut revenir devant les deux chambres. Un contrôle constitutionnel est aussi envisageable après adoption. Jusqu’à ce que ces étapes soient achevées et que la loi soit promulguée, les règles de prescription existantes demeurent en vigueur.
Le texte suivant est ce qui compte le plus
Le prochain document à suivre n’est pas seulement les déclarations politiques entourant la réforme, mais le texte de compromis lui-même. Il indiquera quelles infractions seront incluses, comment la réforme s’appliquera aux affaires anciennes et si les législateurs prévoient des garanties transitoires. Le vote du Sénat rend la réforme substantiellement plus probable, mais il ne constitue pas, à lui seul, la règle juridique finale.





