Élu durant la vague écologiste de 2020, Pierre Hurmic souhaite demeurer à la tête de la mairie. Face à lui, Thomas Cazenave a réussi à rassembler dès le premier tour les formations du centre et de la droite, ce qui ne s’était pas produit lors des municipales précédentes.
Au soir du premier tour des élections municipales de Bordeaux, le dimanche 15 mars, les résultats ne manqueront pas d’être scrutés bien au-delà de la Gironde. Pierre Hurmic a-t-il encore une chance de rester en ballottage favorable pour conserver la mairie ? L’écologiste est confronté à de nombreuses adversités à l’occasion de ce scrutin, six ans après son arrivée au pouvoir lors de la fameuse « vague verte » qui avait permis à plusieurs figures écologistes d’atteindre les sommets dans les grandes villes françaises.
En tête des challengers figure Thomas Cazenave, candidat de Renaissance à la tête d’un rassemblement de la droite et du centre. Nordine Raymond, candidat de la France insoumise, espère créer la surprise tout comme Philippe Dessertine, économiste connu, qui se présente sans étiquette. Franceinfo fait le point sur l’essentiel de ce que l’on doit savoir sur l’élection bordelaise.
Qui sont les candidats ?
Au total, onze prétendants se disputent officiellement l’hôtel de ville, logé au palais Rohan sur la place Pey-Berland. Le maire sortant, Pierre Hurmic, a annoncé dès le début du mois de janvier son intention de briguer un second mandat. L’écologiste, qui se tient volontairement à l’écart des questions nationales du parti et qui se vante d’avoir « réparé la ville », peut compter sur le soutien du Parti socialiste, des communistes et de Place publique, le mouvement porté par Raphaël Glucksmann.
Devant lui, le centre et la droite, de Renaissance aux Républicains, seront représentés par Thomas Cazenave. Ancien ministre des Comptes publics (2023-2024), il s’était déjà présenté en 2020 (il avait obtenu 12,69 % au premier tour sous l’étiquette La République en marche). Cette fois, il a réussi à obtenir une unité derrière sa candidature après des négociations difficiles avec la sénatrice Nathalie Delattre, du Parti radical, ce qui a abouti à une candidature commune en décembre. Philippe Dessertine, économiste médiatique, se présente sans affiliation partisane, avec l’objectif de « rassembler tous les Bordelais » au-delà des partis. Le ministère de l’Intérieur le classe parmi les divers centres.
La France insoumise a choisi d’investir Nordine Raymond, ancien candidat aux législatives 2024 dans la circonscription de Charente-Maritime, qui apparaissait en 2020 sur la liste menée par Philippe Poutou. Six ans après, l’ex-candidat à la présidentielle reconduit sa candidature, sous l’étiquette du Nouveau Parti anticapitaliste. À l’extrême gauche, Fanny Quandalle (Lutte ouvrière), Petra Bernus (Révolution permanente) et Esteban Nadal (NPA révolutionnaire) sont également en lice. Mehdi Saboulard est pour sa part candidat divers gauche.
Du côté du Rassemblement national, l’eurodéputée Julie Rechagneux cherche à « remettre Bordeaux en ordre ». À l’extrême droite, le parti Reconquête appuie Virginie Bonthoux Tournay.
Que proposent-ils ?
Pour chasser Hurmic du siège, Thomas Cazenave mise sur un « plan Marshall de la sécurité », promettant de doubler les effectifs de la police municipale et d’armer l’intégralité des agents, alors que le maire sortant a mobilisé une partie du personnel. Le candidat Renaissance souhaite aussi rétablir totalement l’éclairage nocturne et mettre fin à des projets jugés « inutiles », comme le réaménagement des allées de Tourny. Il ambitionne aussi la création de deux pôles d’excellence, centrés sur l’économie de l’eau et sur l’intelligence artificielle.
Face à cette offre, Pierre Hurmic agit sur la question climatique et veut promouvoir une « écologie à la bordelaise ». En plus de poursuivre la végétalisation, il promet l’aménagement d’un nouveau quartier bas carbone et l’instauration d’une tarification solidaire pour le stationnement et pour les piscines de la métropole, surnommée « la belle endormie ». Il envisage également de redéfinir le maillage urbain en 30 quartiers — contre huit actuellement — afin de « resserrer les liens » entre les habitants et les services publics.
Philippe Dessertine propose, quant à lui, de s’attaquer à la crise du logement en transformant les 78 000 m2 de bureaux inoccupés de la commune en logements réservés aux étudiants, aux jeunes actifs et aux familles. Le professeur d’université confirme aussi son intention de renforcer l’armement de la police municipale et de recruter davantage d’agents, illustrant le principal axe d’opposition à l’égard du bilan de Hurmic.
Du côté du RN, Julie Rechagneux défend une position semblable sur la sécurité, en préconisant « armer l’intégralité de la police municipale » et viser une effectif de 250 policiers municipaux d’ici la fin du mandat, vers 2032 ou 2033. Elle souhaite aussi relancer le projet de contournement routier à l’est de Bordeaux et instaurer une Fête des quatre saisons pour mettre en valeur la gastronomie locale.
Pour Nordine Raymond (LFI), l’orientation est différente: il milite pour le désarmement de la police municipale et pour le recrutement de « davantage de médiateurs » afin de régler les conflits sur la voie publique. L’insoumis veut en outre sécuriser les pistes cyclables, « interdire totalement » l’accostage des bateaux de croisière et viser une gratuité totale des transports collectifs, a-t-il expliqué à Actu Bordeaux.
Que disent les sondages ?
À ce jour, deux enquêtes d’opinion ont été menées en 2026 dans la préfecture de la Gironde, neuvième ville du pays par sa population municipale. La première, conduite par l’Ifop pour LCI, Sud Ouest et Sud Radio et publiée le 25 février, donne Hurmic en tête avec environ 33 % des voix, suivi par Cazenave autour de 25 %. Dessertine totalise près de 15 % et Nordine Raymond environ 12 %. La seconde enquête, réalisée par Cluster17 pour Politico et publiée le 9 mars, révèle des chiffres assez proches: Hurmic autour de 31 %, Cazenave environ 26 %, Dessertine autour de 17 % et Raymond autour de 11,5 %.
Si ces quatre listes se maintenaient au-dessus de 10 % le soir du premier tour, une triangulaire ou quadrangulaire pourrait se dessiner au second tour, même si des fusions de listes et des désistements peuvent intervenir entre les tours. La perspective d’accords éventuels entre Pierre Hurmic et Nordine Raymond d’un côté, et Thomas Cazenave et Philippe Dessertine de l’autre, sera déterminante pour l’issue du scrutin.
Comment se déroule la campagne ?
Le centre et la droite veulent reprendre Bordeaux, l’un de leurs bastions depuis l’après-guerre jusqu’à l’élection surprise de Hurmic, et la pré-campagne des municipales s’est révélée particulièrement animée sur les bords de la Garonne. Nicolas Florian, proche de l’ancien maire Alain Juppé et lui-même premier magistrat de la ville de 2019 à 2020, avait prévu de se représenter à nouveau mais est décédé brusquement en janvier 2025, ce qui a conduit à faire converger les forces de la droite et du centre autour de Thomas Cazenave.
À un peu plus d’un an du scrutin, l’un des enjeux majeurs est de savoir si Philippe Dessertine se retirera en faveur de Thomas Cazenave en vue du second tour. À ce jour, l’économiste bien connu des téléspectateurs de l’émission C dans l’air, sur France 5, refuse cette hypothèse, même si Cazenave l’a à plusieurs reprises appelé à un « vote utile ». « J’essaie de discuter avec lui (…) je lui ai tendu la main à de nombreuses reprises », a confié le candidat Renaissance à ICI Gironde.
Entré officiellement dans la campagne pour sa réélection assez tardivement, Hurmic est attaqué sur son bilan tant par la droite que par l’extrême droite et aussi par des voix de sa gauche. Nordine Raymond a déploré, sur Franceinfo, « un espoir qui a été déçu », alléguant que le maire écologiste a « continué à bâtir sans frein ». Sur ce même volet, l’insoumis a dénoncé les centaines de messages racistes qu’il a reçus après avoir annoncé sa candidature début novembre.







